www.gestaltherapie.fr

psychothérapie gestaltiste humaniste et existentielle

carreOriginalités de la Gestalt-thérapie

Cet article peut revêtir quelques difficultés techniques.
Les illustrations sont des photos du printemps (moment de rédaction), elles n'ont pas de sens particulier, sinon ajouter quelques touches de couleur et d'agrément.

Les propositions avancées ici soulignent quelques particularités de ce courant thérapeutique, elles mettent en avant les propositions originales qui en font une thérapie novatrice en rupture avec d'autres courants. Ces propositions ne restent pas des idéaux théoriques ou des concepts désincarnés mais induisent une posture et une conduite lors des séances de thérapie en gestalt. Ainsi, pour le gestalt-thérapeute :

 

Particularité indissociable Particularité présent Particularité première Particularité pensée Particularité ensemble Particularité vocabulaire

 Cliquer sur les images pour en savoir plus.


 

paquerettesL'homme est indissociable de son environnement ()

L'être humain est inséparable de l'environnement avec lequel il est en contact, en interaction et réciprocité permanente. Le thérapeute ne considère pas avoir affaire à une personne isolée dotée d'un appareil psychique fonctionnant sur lui-même et montrant un symptôme ou des manières témoignant d'un dysfonctionnement ou d'une désorganisation.

Ce n'est plus l'appareil psychique qui est sollicité en séance mais ce sont principalement les modalités de contact (aller vers ce qui n'est pas soi) et d'interactions qui deviennent la matière première de la thérapie. A chaque instant les personnes contactent, c'est à dire sont dans un rapport corporel, sensitif, émotionnel, mental, social avec le monde et avec les autres, cela de manière singulière, c'est à dire unique, il n'y a pas de répétition car le monde est par lui-même en perpétuel changement, de même les temps, secondes, minutes, se succèdent toujours différents.

Lors des rencontres patient-thérapeute, le gestalt-thérapeute sollicite les modalités d'interactions du patient avec le monde (et avec une part de lui-même, pour les spécialistes avec son Etant). Le thérapeute en séance fait ainsi partie du monde, il n'est pas neutre, il n'est pas objectif, il est un acteur consciemment subjectif engagé de la thérapie, il interagit (s'émeut, agit, pense, ressent...) avec le patient en face à face et témoigne au patient par le moyen du langage, sa vision et son éprouvé de comment est entrain de se construire la relation, de comment il dit ce qu'il dit ou agit, pense, s'émeut de telle et telle manière. Le patient informé par ce dévoilement émotionnel, factuel ou cognitif du thérapeute est sollicité en retour; "qu'est-ce que cela évoque, suscite, que ressentez-vous quand je pose, je dis, j'agis" (reconduire l'ensuite). Ainsi se construit devant et avec les acteurs, pas à pas, progressivement, marche après marche, une expérience au plus claire, au plus juste, au plus près de chacun, chacun se découvrant ainsi.

L'expérience de découvrir en séance et puis ailleurs de comment nous sommes ce que nous devenons est une expérience émouvante, souvent heureuse, dynamisante, mais avant tout transformante.

 


paquerettes2

 

L'homme n'est pas seulement déterminé par les événements de son enfance, il coexiste un rapport au présent ()

Pour la gestalt-thérapie, la personne n'est pas seulement déterminée par les événements de son enfance, heureux ou malheureux, ni par les refoulements inconscients de diverses natures qui induiraient des comportements inadaptés ou répétitifs (les notions d'inconscient, de ça, moi, surmoi, transfert, contre-transfert, ... présentent en psychanalyse n'existent pas dans la vision du gestalt-thérapeute). Il y a au centre ce rapport vivant que l'homme entretient à chaque instant avec le monde (avec lui-même, avec les autres) qui l'entoure (voir au-dessus).

Par son ouverture et sa présence au monde, l'homme dispose alors de la possibilité de s'ajuster aux circonstances de ce monde en fonction de la réalité qu'il perçoit, éprouve et auxquelles il donne sens, c'est à dire que dans une certaine mesure il dispose de la possibilité de 'se choisir' (plus ou moins consciemment, plus ou moins délibérément, plus ou moins explicitement) et de devenir d'autant plus libre et responsable de ce qu'il est, pour autant qu'il intègre aussi dans la conduite de son existence, les particularités du présent des situations (vivre plus ou moins en conscience l'instant présent). C'est une vision optimiste et une perspective joyeuse. Ce n'est pas parce que le malheur a jaloné une existence, que tout est vain. Chaque moment est une possible occasion d'apparaître différemment, être et apparaître sont une même chose.

 


L'expérience est première ()

pivoinesLa vision du monde n'est pas objective, elle est principalement subjective, elle dépend en premier lieu du sujet qui la perçoit, de celui qui considère et fait l'expérience de son environnement et de la place qu'il se donne ou subit. Le monde n'a alors pas d'existence propre indépendante de celui qui y est impliqué, il n'y a pas de vérité en soi, le monde existe par la conscience et par les éprouvés entremêlés que nous en avons, par l'expérience que nous en faisons.

Le monde n'étant pas déterminé, fixe et extérieur à nous, c'est la manière dont nous considérons le monde qui est déterminante (le rapport entretenu avec), c'est l'expérience que nous en faisons. Le gestalt-thérapeute porte son attention sur cette expérience. L'expérience, ce qu'il se passe, comment cela se passe au niveau éprouvé et pensée est la matière première de la thérapie. Notamment en séance, le monde du patient est fortement déterminé par la présence du thérapeute et la manière dont s'opèrent les interactions entre patient et thérapeute devient déterminante dans la thérapie. La recherche des causes (le pourquoi cela se passe ainsi) devient secondaire au profil de comment cela se passe (comment la situation se construit) et comment un sens émerge.

Le gestalt-thérapeute travaille essentiellement avec l'ici et maintenant de la séance, avec les événements surgissant pendant la séance, parce que c'est dans l'éprouvé et dans l'expérience réelle du changement entrain de se faire que s'ancrent d'autres manières de vivre les situations. Les récits du patient sont considérés par la manière de les évoquer et dans le rapport à ce qui se passe en séance.

Fritz Perls, l'initiateur de la Gestalt-thérapie, souligne l'importance de l'expérience vécue par un exemple ; "vouloir expliquer par la parole la saveur d'un fruit, comme celle d'une pomme, est une entreprise impossible. Une pomme ne peut être « comprise », savourée, qu'en étant croquée".

En ce sens, la gestalt-thérapie n'est pas une thérapie de la psyché (une psycho-thérapie) mais une thérapie de l'expérience, on parle aussi de thérapie de la rencontre (patient-thérapeute), de thérapie du présent ici et maintenant. C'est littéralement une thérapie des gestalts (Gestalt thérapie), c'est à dire, une thérapie des manières de vivre et de construire du sens en donnant une forme à sa vie ou encore une thérapie de l'expérience et même une thérapie de l'expérience de soi.

 


 

lamane-fleursUne conversion du mode de pensée ()

Depuis des millénaires, notre mode de pensée occidental consiste à diviser et à séparer les parties d'un tout afin d'agir sur le monde, de le comprendre et de pouvoir en dire quelque chose. Cette vision dualiste considère que la maitrise des parties donne la maitrise du tout (c'est l'approche scientifique). La gestalt-thérapie considère aussi l'ensemble d'une situation dont les parties s'assemblent de manière complexe et insondable pour former un tout. Il ne s'agit aucunement d'un rejet du dualisme qui permet chaque jour à la technique et à la science d'immenses avancées, mais s'agissant de l'humain, ce mode de pensée est insuffisant pour rendre compte de la complexité humaine.

En thérapie cette conversion signifie que nous pouvons considérer les phénomènes qui s'y passent comme des phénomènes à part entière, sans chercher à en déterminer les composantes, ni l'origine, sans chercher immédiatement les mécanismes sous-jacents et en tenant la crise de la signification (époché phénoménologique), c'est à dire à se retenir d'expliquer et de donner du sens. Cette conversion donne une chance aux phénomènes de se déployer hors de l'influence analytique ou d'une signification prématurée issue d'un automatiste, d'une habitude, d'une répétition (par exemple ne pas donner du sens, se retenir d'expliquer, se retenir de juger) à une sensation corporelle mais laisser la sensation se déployer suffisamment). C'est une manière d'ouvrir la dimension du temps, de pouvoir s'arrêter de manière paradoxale sur de minuscules indices (ex. un inspir particulier, un regard qui se fixe, un pied qui s'agite, un bâillement, des yeux brillants, la voix qui s'infléchie, une phrase qui s'interrompt...) qui ont peut-être un rapport pertinent avec la situation et sont à explorer plus avant. Ces phénomènes quasi invisibles ouvrent une autre dimension en devenant visibles, ils peuvent s'approprier comme autant de signes tangibles qu'il se passe quelque chose et participer à créer un climat propice à sortir des sentiers battus (répétition, automatismes, habitudes...) et donc propice au changement.

Ce non-dualisme signifie aussi qu'il n'y a pas un patient d'un côté et un thérapeute de l'autre et qu'ainsi les phénomènes qui se déploie appartiennent ni à l'un, ni à l'autre mais à la situation (il n'y a pas de coupable, ni quelqu'un qui fait mal, il n'y a que des manières singulières de s'y prendre ensemble et que l'on co-construit). C'est un soutien à la déculpabilisation et ne plus être en faute allège et permet de s'ouvrir à la responsabilisation (ah ! c'est moi qui participe à cela de cette manière et en ces circonstances particulières avec ce thérapeute là). Là encore, c'est presque paradoxal; ne plus se sentir coupable, mais responsable, donne du pouvoir sur les choses et sur la situation. Chacun s'approprie ses manières d'être et trouve dans ces appropriations la distanciation et la possibilité de choisir telle ou telle direction et de ne plus subir. C'est la restauration de la liberté de mener son existence.

 


Par delà du causalisme ; mettre ensemble (relier), densifier, intensifier, faire varier, choisir; se choisir pour une forme ()

psychothérapieEn Gestalt-thérapie le causalisme est insuffisant, il ne permet pas de rendre compte de la complexité de l'être humain. Un être humain n'est pas uniquement comme ceci ou comme cela parce qu'il a vécu telle ou telle chose inscrite dans sa psyché. Il dispose jusqu'à la fin de ses jours de la possibilité de prendre part à mener son existence, il en va de sa responsabilité.

Cette réappropriation est une vision optimiste.

Prendre part à mener son existence c'est mettre ensemble (le logos qui relie) et prendre en considération un éventail suffisant (densifier) des composantes qui nous déterminent. Il y a dépassement des restrictions que l'on s'est imposées et ouverture à d'autres modalités ; sensations, émotions, actions, significations. Ces composantes que l'on fait varier dans un acte d'ajustement et de perception à ce qui est présent à l'aide de la conscience du présent. cet ensemble est nourri de manière à accroitre l'intensité des éprouvés (engagement) et à favoriser la nouveauté (et moins les habitudes et répétitions), ainsi se construit le sens.

Ici, le sens n'est pas seulement un acte de pensée (une signification), il s'agit de toutes les modalités du sens (voir ci-dessous). Donner du sens, c'est prendre pour chaque modalité une direction plutôt qu'une autre, c'est faire des choix qui donnent une direction à notre existence, c'est se déterminer pour apparaître (être) comme ceci ou comme cela, c'est à dire se choisir pour une forme de soi.

 des perceptions (les 5 sens),
→ des sensations du corps (sensations internes, impressions),
→ des émotions (la joie à maintenir et à partager avec d'autres, la peur comme mise en vigilance et préparation à l'action, alerte, la tristesse (liée à la perte), la colère à adresser pour que quelque chose change, ...)
→ des sentiments (les impressions, les intuitions, l'atmosphère que l'on perçoit; un composite élaboré d'émotions, de sensations, de significations...)
→ des directions d'agir (disposition corporelle, horizon de sens, déplacements dans un sens, viser quelque chose, action en vue de) et
→ du sens en tant que signification, ce que nous pouvons en dire et penser.

 


Vocabulaire spécifique de la Gestalt-thérapie ()

premiere1-selection-pLes mots et expressions cités ici sont à entendre de manière spécifique à la Gestalt-thérapie, et de manière spécifique à un des courants de la Gestalt-thérapie, ce sont des termes techniques utilisés par les professionnels de la Gestalt-thérapie.

- Cycle du contact : représentation temporelle de l'évolution du processus d'élaboration signifiante
- Interruption du contact : à entendre comme crise de l'élaboration signifiante avec certaines caractéristiques (projection, introjection, rétroflexion...) et non comme interruption au sens littéral
- Ajustement créateur : élaboration signifiante en cohérence avec la spécificité et l'actualité de la situation. C'est à l'occasion de l'ajustement créateur qu'il y a subjectivation et apparition d'une forme (Gestalt). Autrement dit; un moi apparaît (la modalité Ego s'actualise) à l'occasion d'une mise en signification.
- Théorie du Self : hypothèse sur la manière dont le sens s'élabore ou se construit, c'est un processus d'in-formation (de mise en forme par assemblage de copules informantes [événement, temps immédiat ou long, nature du lien]). Le Self est le système de Contacts chaque instant. Au(x) moment(s) de l'ajustement créateur, il y a concomitance entre la donation de sens et subjectivation.
- Modalités du Self : la modalité Ça (le sentir, ce qui a trait au corps, le mouvoir, disposition corporelle, l'atmosphère, les sensations, émotions, ~sentiments), la modalité Ego (modalité de subjectivation, advenir à soi, être quelqu'un en l'éprouvant et le conscientisant), la modalité Personnalité [~sentiments, signification, sémantique, catégorisation, langage, chronique de mon existence, pensée, représentation...)
- Perspective de champ : 5 principes donnant de nouvelles perspectives aux événements : principes d’organisation, de contemporanéité, de singularité, de processus changeant, de possible rapport pertinent.
- Dévoilement, engagement : implication du thérapeute dévoilant pour le patient la manière dont se construit la situation, susciter la conscientisation du patient.
- Awareness : prise en conscience immédiate de l'ordre "d'être ouvert à", conscience des instants, c'est une manière de se rendre disponible, d'accueillir ce qui se passe, être aware, c'est se rendre sensible à l'atmosphère, aux impressions, aux intuitions... Le continuum d'awareness est la conscience immédiate sur le fil du temps, d'instant en instant. L'awareness c'est un état "d'être conscient" sans objet préalable, la consciouosness, c'est "avoir conscience" de.